Je peux affirmer que cette section du livre m’a parlé
lorsque je me rapporte au deuil que j’ai dû traverser lorsque ma grand-mère est
décédée. On y retrouve une fois de plus la notion d’angoisse, d’insécurité et d’inconnu
vis-à-vis de la mort. Puisque l’humain n’est pas habitué de devoir faire face à
une chose sur laquelle il ne détient aucun pouvoir, envers laquelle il se sent
complètement impuissant, il est normal pour celui-ci de protester et de tenter
de trouver un moyen d’y remédier, dont les rites.
La partie qui a trait aux trois fonctions des rites
funéraires est celle qui m’a le plus intéressée, fonctions qui peuvent être
facilement identifiées. La premièrement d’entre elles est en rapport direct
avec le défunt et avec la mort de ce dernier; elle consiste à s’occuper du
devenir du corps et de l’âme du défunt, et à permettre, au moyen des rites de
deuil, la réintégration des survivants en société après avoir vécu cette
période pénible et relativement longue qu’est le décès d’un être cher. Cette
fonction est, en réalité, très importante. C’est là où l’on témoigne de la reconnaissance
et du respect envers l’individu qui a quitté ce monde. En effet, lors des
funérailles de ma grand-mère, j’étais heureuse du déroulement des choses.
J’avais l’impression que, grâce à cette cérémonie, nous pouvions une dernière
fois rendre hommage à la femme merveilleuse qu’elle était.
Pour ce qui est de la deuxième fonction des rites
funéraires, ils servent, en grande partie, l’intérêt des
vivants. Ils
rassurent, réconfortent, apaisent, soulagent l’angoisse, déculpabilisent,
guérissent, préviennent, et permettent à tous d’exprimer leurs sentiments et
surtout de faire leur deuil pour, par la suite, retourner plus aisément à la
vie qu’ils menaient. À mon avis, Thomas a tout à fait raison. Les rites
funéraires ont un destinataire #1, à savoir le vivant. Les rites donnent
l’occasion à celui-ci d’affronter à la mort et la peur qu’il éprouve à l’égard
de cette dernière. Comme Luc et Thomas l’ont affirmé, le rite est une thérapie
universelle, notamment pour les survivants. Lorsque ma grand-mère est décédée,
je n’étais pas certaine de vouloir assister aux funérailles. Après mûre
réflexion, j’ai décidé d’y aller et je ne regrette pas du tout mon choix. J’ai
vite réalisé que cela m’avait aidée à passer à autre chose et à accepter le
départ de cet être aimé. Maintenant que je lis cette section du livre, tout
prend son sens.
En ce qui concerne la troisième fonction, les rites
funéraires permettent au groupe de retrouver un certain contrôle, à savoir un
certain pouvoir sur leur vie. Comme mentionné plus haut, ils se sentent impuissants.
Cela leur permet donc de regagner confiance quant à la survie individuelle et
collective. En outre, les rites permettent à l’individu de prendre conscience
que la mort ne domine pas tout et que l’individu, même s’il n’est plus présent
physiquement, peut toujours l’être d’une autre façon, sous une autre forme.
Ainsi, la personne ne perçoit plus la mort uniquement comme une réalité biologique
inévitable, mais elle croit plutôt qu’une partie de nous survit à la mort
physique, ce qui, du coup, donne un second souffle aux solidarités de la
communauté ayant été fragilisée au contact de la mort. Pour ma part, je trouve
qu’il est plus difficile de voir comment cette fonction s’exerce puisqu’il est
davantage question du collectif et non de l’individuel. Je suppose que diverses
recherches ont prouvé ceci, mais des exemples concrets me seraient utiles afin
de mieux saisir ce point.
« La société redit devant la mort ce qu’elle est ou
veut être. » Bref, on s’arrange pour avoir le dernier mot. N'est-ce pas?
Belle synthèse couplée à ton témoignage personnel à la suite du décès de ta grand-mère.
RépondreSupprimerTu mentionnes que la troisième fonction du rite te paraît moins claire et qu'elle concerne plus le collectif. Quand j'ai parlé de l'équation qu'on peut essayer de faire avec la vie et la mort, je trouve que ça exprime un peu ce que la communauté sert à accomplir dans les rituels : ensemble on se redit nos convictions et nos croyances, ce qui revient beaucoup à dire que malgré la brisure du lien social provoquée par la mort, nous sommes toujours vivants et nous reverrons nos proches un jour. De cette façon, la victoire de la mort n'est que très partielle et temporaire même si elle fait mal. Plus tard dans le livre on parlera de l'importance des symboles autour des rites et ça sera plus facile de comprendre cette troisième fonction des rites. En effet, on a besoin des symboles pour vaincre la mort, parce que d'un point de vue strictement matériel ou physique, elle a vraiment le dernier mot et là on peut faire un lien avec la dernière phrase de ton texte...